L'Imam Abdelkader Mesli : Un des héros de l'ombre, entre foi et résistance

Pendant les heures les plus sombres de l'Occupation, la Grande Mosquée de Paris et ses figures religieuses ont joué un rôle de refuge et de résistance souvent méconnu. Parmi ces héros figure Abdelkader Mesli, un imam dont le parcours, de la protection des Juifs à Paris à la déportation à Dachau, témoigne d'un courage exceptionnel.

Le premier acte de bravoure : Des certificats pour la vie

Dès le début de l'Occupation en 1940, la Mosquée de Paris entre dans le viseur des autorités allemandes. Une note diplomatique datée du 24 septembre 1940, adressée au ministre des Affaires étrangères de Vichy, révèle l'ampleur des soupçons pesant sur l'institution.

Les autorités d'occupation accusent alors formellement le personnel de la mosquée de délivrer "frauduleusement" des certificats d'appartenance à la confession musulmane à des individus de "race juive". Ces documents permettaient à de nombreux Israélites de dissimuler leur identité pour échapper aux persécutions. Face à cette pratique, l'imam est sommé de manière "comminatoire" (menaçante) de rompre avec toute aide de ce genre.

Attestation du ministère des affaires étrangères et européennes

Vous trouverez ci-joint le document fournis par le ministère des affaires étrangères et européennes attestant de la conformité du double des documents concernant la note du 24 septembre 1940.

L'engagement dans la résistance armée

Loin de céder à l'intimidation, Abdelkader Mesli radicalise son engagement. Né en 1902 à Khemis (Oran), il rejoint officiellement les rangs de la Résistance le 1er février 1943.

Il intègre l'Organisation de Résistance de l'Armée (O.R.A.), au sein du groupe Jouhaud à Bordeaux. Sous le commandement du Capitaine Joseph Georges Gourg (alias "Marguerite"), il se voit confier une mission de haute importance : succéder à Taleb Mohamed pour organiser la réception, l'hébergement et le logement des Nord-Africains évadés des camps de prisonniers du département.

L'arrestation et le silence face à la Gestapo

Le 5 juillet 1944, l'imam Mesli est arrêté à Bordeaux, suite à une dénonciation d'agents ennemis. Bien que soumis à plusieurs interrogatoires musclés, il fait preuve d'une abnégation totale : il ne livre aucune révélation, sauvant ainsi son réseau et ses chefs, dont le Général Morraglia.

Il est déporté comme "déporté résistant" au camp de concentration de Dachau le 9 août 1944. Il y restera détenu jusqu'à sa libération et son rapatriement le 5 mai 1945, après avoir survécu à l'horreur des camps.

Une reconnaissance posthume

Après la guerre, les services de l'État ont rendu hommage à son action. Le 18 mai 1949, un certificat d'appartenance à la Résistance Intérieure Française (R.I.F.) lui est délivré, lui attribuant le grade fictif de soldat de 2ème classe pour la liquidation de ses droits.

Le Général Revers, ex-chef de l'O.R.A., a lui-même certifié sur l'honneur que l'arrestation d'Abdelkader Mesli était "uniquement pour son action résistante". Aujourd'hui, les archives du ministère des Affaires étrangères et des Anciens combattants conservent la trace indélébile de cet homme qui, au nom de sa foi et de son humanisme, a bravé la mort pour sauver des vies.

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Documents de l’imam Abdelkader Mesli