Tous unis contre la haine
Le 20 mars 2017, la mairie du 11e arrondissement de Paris accueillait un colloque d'une importance capitale, capté et diffusé par Akadem. À travers trois sessions distinctes mais complémentaires, des historiens, des élus et des acteurs de terrain ont dessiné une feuille de route pour combattre l'obscurantisme. Retour sur un triptyque essentiel pour "apprendre, comprendre et dialoguer".
Réunir des chercheurs, des élus et des acteurs de terrain pour sortir du déni et analyser la recrudescence de l’antisémitisme en France à cette période.
Une initiative portée par Annie-Paule Dercansky (Bâtisseuses de Paix) et la mairie du 11e, un arrondissement marqué par l'histoire et la diversité.
I. Face à l’antisémitisme : Déconstruire la mécanique du rejet
Le premier volet s’attaque frontalement à la résurgence d'un mal que l'on pensait endigué. L’enjeu n’est pas seulement de dénoncer la haine, mais d’en disséquer les racines pour mieux la combattre.
L’histoire comme bouclier : Les intervenants rappellent que l'antisémitisme n'est pas une simple hostilité, mais une vision du monde structurée par le complotisme.
Les nouveaux visages : Le débat met en lumière le passage d'un antisémitisme "traditionnel" à une haine alimentée par les réseaux sociaux et la distorsion des enjeux géopolitiques.
Le constat : On ne combat pas l'antisémitisme avec des slogans, mais par une connaissance fine des mécanismes de la désinformation.
II. Enseigner la Shoah dans les quartiers populaires : Le défi de la transmission
Comment parler de la destruction des Juifs d'Europe dans des contextes où les élèves se sentent parfois éloignés de cette histoire, ou tentés par la "concurrence des mémoires" ? C’est le cœur du deuxième épisode.
Sortir de l'émotion pure : Les enseignants et historiens (dont Iannis Roder) insistent sur une pédagogie de la preuve. L'enseignement de la Shoah doit rester un exercice d'histoire rigoureux avant d'être une leçon de morale.
Répondre aux résistances : Face aux élèves qui opposent d'autres tragédies (esclavage, colonisation), le colloque propose une approche inclusive : reconnaître toutes les souffrances sans jamais les confondre ni les hiérarchiser.
L'ancrage local : En évoquant les plaques commémoratives au pied des immeubles, on ramène l'histoire dans le quotidien des jeunes, transformant une tragédie lointaine en une responsabilité citoyenne de proximité.
III. Juifs et Musulmans : Retrouver le fil d’une histoire en partage
Pour clore ce cycle, le colloque s'ouvre sur une note d'espoir et de réconciliation culturelle. L'objectif est de briser le récit du conflit permanent pour remettre en lumière des siècles de coexistence.
Une culture commune : De l’Espagne médiévale au Maghreb contemporain, les intervenants (comme Benjamin Stora) rappellent l'immensité de l'héritage partagé : musique, gastronomie, langue et philosophie.
Le rôle des "Bâtisseuses de Paix" : Le dialogue n'est pas qu'une affaire d'experts. Sur le terrain, ce sont souvent les femmes qui, en se rencontrant, recréent les liens de voisinage que l'actualité politique tend à rompre.
La désescalade : En rappelant que Juifs et Musulmans ont souvent été victimes des mêmes logiques d'exclusion, le colloque invite à une solidarité de destin au sein de la République.
Une méthode pour demain
Ce cycle de conférences disponible sur Akadem ne se contente pas de dresser un constat. Il propose une méthode en trois étapes :
Savoir identifier la haine.
Transmettre la vérité historique sans tabou.
Partager un récit commun pour construire l'avenir.
À l'heure où les tensions identitaires se cristallisent, ces échanges de 2017 résonnent avec une urgence renouvelée. Ils nous rappellent que l'unité ne naît pas de l'effacement des différences, mais de la connaissance profonde de l'autre et de notre passé commun.
Vous pouvez retrouver l'intégralité de ces échanges en vidéo sur le site Akadem.org.

